Galerie de portraits

Veuillez trouver ci-dessous les 8 œuvres phares de cette dernière partie  de l’exposition consacrée aux portraits de Montaigne.

 

(34) Jacques Chéreau Le Jeune (1688-1776). Portrait de Montaigne. 1725. Gravure sur cuivre au burin publiée dans les Essais, Paris, par la Société (Pierre Coste), en 1725.

Jacques Chéreau a gravé deux portraits de Montaigne. Celui-ci le montre âgé, le visage creusé mais  gardant un regard doux et une esquisse de sourire aux lèvres. Comme sur la plupart de ses portraits il porte l’écharpe et la cape. Mais de nouveaux  signes distinctifs apparaissent, notamment des livres. Sur un des volumes figurent les armes de Montaigne avec la patte de lion et les trèfles d’or ; sur un autre, une balance et la célèbre devise “Que sais-je ?” peinte par lui-même sur une poutre de sa librairie.

 

(35) Salvador Dali. Portrait de Montaigne. 1947. Lithographie en couleur publiée en frontispice des Essays of Michel de Montaigne. New-York, 1947.

En 1947, l’artiste surréaliste Salvador Dali vit aux Etats-Unis. Il accepte la commande que lui fait la grande maison d’édition New-Yorkaise Doubleday d’illustrer les Essais. La rencontre de l’humanisme de Montaigne et du surréalisme dalinien fonctionne.

Ce portrait place Montaigne devant son château. Le crane nu et le front large épanouit sur une énorme fraise. En arrière plan, un homme nu, portant une faux sur l’épaule évoque aussi bien un paysan que la mort faisant se croiser les symboles de la Renaissance et l’imaginaire dalinien.

En rendant “hommage à la France”, Dali élève Montaigne au rang de monument national ! Notre héros semble prêt à déployer sa cape rouge !

 

(36) Salvador Dali. Montaigne philosophe. 1947. Reproduction. Lithographie sur acier publiée dans le chapître « La vanité » des Essays of Michel de Montaigne… New York, 1947.

Dans cette vignette, Dali met en scène un Montaigne philosophe dans la posture traditionnelle du penseur humaniste tenant dans sa main un crâne, figure de la vanité de l’existence et de la fuite du temps.

 

(37) Albert Decaris. Montaigne dans sa tour. 1953. Eau forte sur cuivre.

Montaigne est présenté dans son château, devant sa fenêtre en habit de cérémonie, avec sa fraise, un pourpoint élégant et une grande cape au col immense. Sa main gauche est posée sur des feuilles de papier. Il porte un collier qui n’a ni médaille ni coquilles et ne ressemble en rien au collier de l’Ordre de Saint-Michel !

On a bien du mal à reconnaître les traits de Montaigne qui sont inhabituels. Les cheveux coiffés en arrière et le visage carré rappelleraient presque un autre maire de Bordeaux… Jacques Chaban Delmas ! Et sous les grandes pointes de sa cape, ne voyez-vous pas poindre un Montaigne vampire, alias Comte de Dracula ?

Cette gravure est au demeurant  remarquablement exécutée par ce grand maitre du burin, Albert Decaris.

 

(38) Nicolas Voyer l’aîné (1746-1805). Michel de Montaigne. 1771. Gravure sur cuivre au burin publiée dans Don Devienne, Histoire de la ville de Bordeaux. 1771.

Dans son cadre ovale, ce portrait de Montaigne par Nicolas Voyer l’aîné est inhabituel pour la fin du 18e siècle. Présenté avec une barbe bien fournie et une épaisse moustache, il est vêtu d’une tenue de ville, dans un costume simple et avec un manteau de fourrure. Mais surtout il porte un chapeau, un feutre rond de couleur foncée à la mode des gentilshommes gascons du siècle d’Henri III. Le genre du « Montaigne au chapeau » vient d’être créé ! La pelisse et le chapeau qu’il porte vont bientôt devenir une des composantes essentielles d’un Montaigne que Philippe Desan qualifie de républicain. En effet, le collier de l’ordre de Saint-Michel a disparu. Il est remplacé par une petite médaille ovale à l’effigie de Saint-Michel que portaient les chevaliers de l’ordre lors de leurs déplacements. C’est donc ici le Montaigne voyageur qui est mis en avant, un homme simple, qui paraît âgé mais en forme, un homme prêt à partir à l’aventure !

 

 

(39) Louis Jou (1881-1968). Portrait de Montaigne, 1934. Reproduction. Burin sur bois, tiré en noir et brun, publié en frontispice du livre I des Essais imprimés par Louis Jou, 1934-1936. 

Louis Jou a gravé 3 portraits de Montaigne dans sa monumentale édition des Essais publiée en 3 volumes entre 1934 et 1936. Réalisée en 3 ans dans son atelier parisien, l’artiste a utilisé des techniques anciennes de gravure à l’aide d’une presse à bras. Ce portrait est issu du frontispice de cette édition d’art. Il fait suite aux nombreuses représentations du « Montaigne au chapeau ». Montaigne porte en effet un chapeau à la Henri III et une large fraise mais il a perdu le collier de l’ordre de Saint-Michel et le manteau de voyageur. Avec son visage émacié, sa moustache tombante et son regard sévère, il reflète davantage la pose d’un gentilhomme du 16e siècle plutôt que la figure du maire ou du voyageur. Ce portrait est peut-être assez fidèle à la réalité puisqu’il a été réalisé à partir d’une peinture à l’huile peinte en 1579, du vivant de Montaigne.

 

(40) Thomas de Leu (1560-1612). Portrait de Montaigne. 1608. Gravure sur cuivre au burin, publiée en frontispice des Essais, Paris, 1608. 

La première gravure représentant Montaigne a été publiée en frontispice des Essais de 1608. Elle a été réalisée par le graveur du roi en personne, Thomas de Leu, qui est alors considéré comme l’un des plus habiles graveurs de son temps. Cette représentation connaîtra une belle postérité puisque le portrait de Thomas de Leu est régulièrement repris dans les éditions des Essais du 17e siècle. On y voit Montaigne à mi-corps, de trois quart, la tête nue. Il porte un manteau de cérémonie, certainement celui que les chevaliers de l’ordre de Saint-Michel portaient lors de cérémonies exceptionnelles. Cette hypothèse semble corroborée par la présence du « grand collier » de l’ordre de Saint-Michel avec au bout une médaille représentant l’archange Saint-Michel terrassant le dragon. Thomas de Leu accentue les signes de vieillesse de Montaigne renforçant la figure du sage. Le texte inscrit dans le cartouche contient d’ailleurs un quatrain de l’ami de Montaigne, le poète Pierre de Brach, vantant le « grand Montaigne, figure entière. »

 

(41) Jean-Charles François (1717-1769). Portrait de Montaigne (d’après Etienne Jeaurat, 1699-1789), 1761. Reproduction. Pointillé en manière de crayon à la sanguine publié dans Alexandre Saverien, Histoire des philosophes modernes… 1760-1764.

 Cette représentation de Montaigne est particulièrement originale pour le 18e siècle. S’il vous semble qu’il s’agit d’un dessin à la sanguine, c’est alors que son auteur a particulièrement bien réussi son illusion ! En effet, ceci n’est pas un dessin original mais une gravure réalisée en manière de crayon. Ce procédé de gravure a été inventé par Jean-Charles François, qui l’expérimente pour la première fois en 1760 dans son Histoire des philosophes modernes. Dans cet ouvrage, tous les savants présentés sont accompagnés d’une gravure. Montaigne y a sa place, au milieu des moralistes. Son portrait est réalisé à partir d’un dessin du peintre Etienne Jeaurat, qui lui-même s’est inspiré d’une gravure de Chéreau le Jeune datée de 1725. Il est représenté à mi-corps, de trois-quarts, la tête nue et le visage allongé. Il n’a aucun attribut extérieur, ni armoiries, ni collier de l’ordre de Saint-Michel, ni même livres ou autres accessoires. Seuls sont présents un habit dans le style du 16e siècle et son emblématique fraise.

 

(42) Jul (1974-). Montaigne Superstar. 2016.

Julien Berjeaut, dit Jul, est le dessinateur de l’affiche de l’exposition « Montaigne Superstar ». C’est à lui que l’on doit ce Montaigne cape au vent, héros de la manifestation ! D’après l’auteur de La Planète des sages et de Silex and the city, Montaigne avec « son style Henri III, son look avec cette fraise… est un garçon assez photogénique ! » Pour la Bibliothèque, Jul a imaginé notre super philosophe dans un style Comics, tel un Superman des temps modernes !

 

(43) Robert Combas. Seigneur de Montaigne Monsieur très intelligent, physiquement balèze moitié- moine pape moitié macaroni béni. 1984. © CAPC Musée d’art contemporain, Bordeaux, CAPCM85-13. Acrylique sur drap marouflé sur toile commandée en 1984 pour l’inauguration du CAPC.

Robert Combas appartient avec Hervé di Rosa à un mouvement de peinture français baptisé “Figuration libre” et à la génération des “graffitistes” comme Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Son style coloré et graphique inspiré de la BD et de la culture populaire transfigure Montaigne avec humour et irrévérence. On retrouve ses attributs, l’incontournable fraise, les moustaches et barbes noires de sa jeunesse, les éléments de ses armoiries (la patte de lion et le semis de trèfles), une coquille Saint-Jacques rappelant le collier de l’ordre de Saint-Michel. Son grand front est empli d’un dessin-graffiti rappelant les gravures anciennes : on y voit un petit Montaigne qui se rend à Rome, faisant fi des frontières puisqu’il a assommé le douanier ! Des petites scènes entourent cette figure centrale : elles représentent des aspects de la personnalité de Montaigne et de ses contemporains. Le serpent biblique affronte un guerrier grec, illustrant la figure humaniste de Montaigne, tiraillé entre les valeurs chrétiennes héritées du Moyen-âge et la volonté de retourner aux auteurs antiques. Un philosophe romain déclame ses mots devant le Panthéon. Un Christ underground fait le signe de la paix alors que des guerriers s’affrontent, nous rappelant que Montaigne fut un modéré au milieu de guerres de religion. La religion est d’ailleurs ridiculisée avec ce Pape nu aux attributs généreux qui tient sa crosse comme une guitare ! Quant aux graffitis de femmes nus et de sexes masculins, ils jouent aussi leur rôle d’éléments provocateurs propres à l’artiste.

 

 

(44) Louis Pierre Deseine (1749-1822). Buste de Montaigne, 1819. Marbre blanc sur un socle rectangulaire, signé et daté : « en 1819 par de Seine, de l’ancienne Académie Royale de Peinture de Paris. »

Ce buste a été réalisé au début du 19e siècle par le sculpteur français Louis-Pierre Deseine sur commande de l’Etat. En 1818, un bloc de marbre lui est remis par le Ministère de l’Intérieur afin de réaliser le portrait de Montaigne. Livré le 14 décembre 1819 à la ville de Bordeaux, ce majestueux marbre est donné au Musée de Bordeaux, qui le déposera ensuite au Musée des Arts décoratifs, qui lui-même le mettra par la suite en dépôt à la Bibliothèque municipale, où il se trouve aujourd’hui. On peut y voir un Montaigne vêtu d’un manteau bordé d’hermine et portant la médaille de l’ordre de Saint-Michel soutenue d’un simple ruban.