Le jour où Montaigne assiste à la mort de La Boétie

Veuillez trouver ci-dessous les 3 œuvres phares de la deuxième partie  de l’exposition consacrée à l’amitié de Montaigne et La Boétie.

 

( 5 ) Montaigne et La Boétie. La Mosaïque du Midi : publication mensuelle. Toulouse ; Paris : J.-P. Paya, 1839. Lithographie, reproduction.

 Nous sommes en 1558. Montaigne a alors 25 ans. Il est « un homme fait », comme il dit. Il a quitté Périgueux et sa Cour des Aides depuis quelques mois, pour monter à Bordeaux prendre une charge de conseiller au Parlement de Guyenne, où brille alors Etienne de La Boétie. Ils se rencontrent au cours d’une grande fête. Ce fut comme une évidence, qu’il résumera ainsi : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. ». Mais le véritable intermédiaire de leur première rencontre, c’est le Discours de la Servitude Volontaire, écrit par Etienne de la Boétie. Car c’est dans l’écriture, la lecture et la discussion que l’amitié des deux hommes s’épanouit le mieux. Dans cette lithographie non signée du 19e siècle, ils sont montrés en pleine séance de travail : Montaigne semble en démonstration face à La Boétie penché sur son ouvrage. C’est une représentation imaginaire, puisque nous n’avons pas gardé trace du véritable visage de La Boétie.

 

 

( 6 ) Giovanni Battista Egnazio. Caesarum vitae post Suetonium Tranquillum conscriptae. Lyon : Sebastien Gryphe, 1551.

Les deux amis se rencontrent donc tardivement, à Bordeaux, mais pour peu de temps. La mort prématurée de La Boétie, en août 1563, est un choc pour Montaigne. Sur son lit de mort, entouré de ses proches, La Boétie dicte péniblement son testament. A « son intime frère et inviolable ami », il lègue les livres de sa bibliothèque bordelaise, « pour un gage d’amitié ». Parmi la centaine de livres restants de la librairie de Montaigne, 20 ont d’abord appartenu à La Boétie. Nous conservons encore, à la Bibliothèque de Bordeaux, 7 de ces livres. Pour les reconnaître, nous avons identifié un petit « b » comme La Boétie que Montaigne a reporté sur tous les ouvrages de son ami. Et si vous pouviez soulever la vitrine, vous emparer de ce joli petit volume et tourner ses pages, vous verriez qu’il est tout griffonné de commentaires et d’annotations de la main de La Boétie, petit prodige féru de culture humaniste et brillant traducteur d’auteurs antiques.

 

 

( 7 ) Les Essais de Michel, seigneur de Montaigne. Nouvelle édition… Par Pierre Coste. A Londres : J. Tonson et J. Watts, 1724. Livre I, chapitre 27 : De l’amitié.

Voici l’édition majeure du 18e siècle, la première de l’imprimeur et traducteur Pierre Coste. Jusqu’en 1781, les éditions Coste sont les seules éditions des Essais éditées en ce siècle des Lumières. Leur succès tient à la volonté de Pierre Coste de rendre le texte de 1595 plus accessible. L’œuvre accède alors au statut de classique. Les Essais sont nés de l’amitié entre Montaigne et La Boétie. En hommage à son ami, Montaigne souhaite publier au centre du premier livre son Discours sur la servitude volontaire, écrit « en sa première jeunesse, à l’honneur de la liberté, contre les tyrans ». Comme vous pouvez le constater sur la note de bas de page de Pierre Coste : « Il n’est pourtant pas ici ». En effet, Montaigne renonce finalement à le laisser parce qu’entre temps le texte est devenu dangereux du fait de sa récupération par les huguenots au lendemain des massacres de  la Saint-Barthélémy. Montaigne remplace le Discours par les 29 sonnets de son ami poète.