Le jour où Montaigne entame la rédaction des Essais dans la tour de son château

Veuillez trouver ci-dessous les œuvres phares dans la troisième partie  de l’exposition consacrée à l’intimité de Montaigne.

(8) La Mesnagerie de Xénophon. Les Règles de mariage de Plutarque. Lettre de consolation de Plutarque à sa femme, le tout traduit  de grec en françois par feu M. Etienne de La Boétie… Paris : Frédéric Morel, 1571.

A quoi ressemble la vie de Montaigne en 1571 ? Michel est devenu le seigneur de Montaigne après la mort de son père, trois ans plus tôt. Sa fille Léonor naît en septembre. Et cette même année, il prend sa retraite de parlementaire pour se consacrer à son domaine, et surtout à l’écriture. C’est un jeune retraité de 38 ans ! Avant de s’atteler aux Essais, Montaigne s’essaye à la traduction d’un traité de théologie scolastique de Raymond Sebon, publié en 1569. Puis en mémoire de son ami défunt, il devient éditeur le temps de faire publier les traductions et poèmes de La Boétie dont voici le recueil. Il y joint le texte de la lettre où il raconte la mort de son ami.

 

(9) Contrat de mariage de Michel de Montaigne et Françoise de La Chassaigne, passé devant maître Destivals. Bordeaux, 23 septembre 1565.© Archives Départementales de Gironde, 3 E 4457.

Si La Boétie est passionnément amoureux de sa femme, Montaigne, lui, ne mélange pas amour et mariage, qu’il voit plutôt comme un contrat social.Voici le très officiel contrat de mariage passé le 23 septembre 1565 entre Michel de Montaigne, 32 ans, et Françoise de La Chassaigne, 20 ans, issue d’une famille de parlementaires bordelais. C’est un mariage de convenance, assez distant mais courtois. Montaigne aura 6 filles de Françoise de La Chassaigne. Seule Léonor, la seconde de ses filles, survit. Comme le veut l’usage, les époux vivent chacun dans leurs appartements. Montaigne laisse à Françoise la « science du ménage », c’est-à-dire les devoirs d’hôtesse, l’administration des biens et l’éducation de leur fille. A Montaigne revient l’administration des terres et du domaine. Il est une sorte de gentleman farmer du 16e siècle !

 

 

(10) Essais de Messire Michel seigneur de Montaigne. Livre premier et second. A Bourdeaus : par S. Millanges, 1580.

Montaigne apprécie modérément ce rôle de gentilhomme. Il préfère passer du temps dans sa tour et écrire. Il écrit ses Essais pendant presque neuf ans avant de les publier en deux livres. Il n’en était pourtant qu’au début de son grand œuvre, même si à cette époque, il dit se sentir comme un « demi-être », s’acheminant vers la vieillesse.Sur ce rarissime exemplaire de la première édition parue en 1580 chez l’imprimeur bordelais Simon Millanges, vous pouvez lire son projet littéraire dans le célèbre avis au lecteur. Il s’y présente franchement en ces termes : «  C’est moi que je peins ». En devenant lui-même la matière de son livre, il invente un nouveau genre littéraire, l’autoportrait. Il ignore alors que cette démarche révolutionnaire fera de lui une superstar !

 

 

(11) Michael Beuther.  Ephemeris historica. Paris : M.Fezandat et R. Granjon, 1551.

Si Montaigne a quitté la robe parlementaire, il ne manque pas de casquettes ! Tantôt traducteur, éditeur, écrivain il se fait aussi époux et propriétaire terrien ! On retrouve toutes ces facettes dans ce livre familial. Cet éphéméride historique porte le nom de son auteur : c’est le «  Beuther ». Chaque page correspond à une date et comprend une partie imprimée relatant des faits historiques de différentes époques, et une partie vierge qui invite à noter les faits marquants de la vie. C’est le livre de raison de Montaigne, qu’il complète de 1552 jusqu’à la fin de sa vie.Le passage que vous avez sous les yeux nous montre une autre facette de Montaigne : il est aussi le conseiller des rois. Il écrit, à la page du 19 décembre, qu’il reçut Henri de Navarre en son domaine. Le prince dormit alors dans son lit. A la fin du séjour, l’hôte fit « élancer » un cerf qui occupa le futur roi à la chasse pendant deux jours.

 

 

(12) Coup de projecteur sur les livres de la « librairie » de Montaigne

Montaigne évalue sa bibliothèque à un millier d’ouvrages. Rescapés du torrent des siècles, il n’émerge aujourd’hui dans le monde entier qu’une centaine d’ouvrages initialement conservés dans la « librairie » de l’auteur des Essais. La Bibliothèque municipale de Bordeaux a la chance de compter dans ses réserves et de vous présenter aujourd’hui  29 de ces œuvres, réchappées à l’usure du temps. Tous les livres portent la signature de Montaigne, en général au bas de la page de titre. En outre, sur certains exemplaires, Montaigne marqua de sa main un petit b pour signaler ceux qui avaient auparavant appartenus à La Boétie. C’est dans sa tour, au sein de ces deux collections de livres, que l’écrivain se concentra sur l’écriture. 3 de ces volumes sont exposés dans ce parcours. Les 26 autres se trouvent présentés devant vous, dans la vitrine bibliothèque. Leur disposition aurait tout à fait pu avoir cours au 16e siècle puisque si on disposait déjà les ouvrages comme aujourd’hui, debout et le dos face à nous, les livres pouvaient être aussi posés à plat.

A défaut de pouvoir feuilleter les livres de la vitrine, nous vous montrons dans les feuillets suivants leurs pages de titre. Vous pouvez les retrouver en version intégrale sur Séléné, la bibliothèque numérique de Bordeaux !

Ces ouvrages reflètent les goûts de Montaigne : on y trouve des auteurs antiques dont les sentences ont été reproduites sur les poutres de sa librairie ; mais aussi des livres de droit ; des chroniques historiques et des livres en italien, dont certains furent probablement ramenés de son voyage en Italie.