Montaigne, une source d’inspiration pour de grands écrivains

Beaucoup d’auteurs prestigieux ont révélé l’admiration qu’ils portaient à  Montaigne, certains ont même dédié un essai à l’auteur des Essais et son œuvre.

 Flaubert, Gustave (1821-1880)
Dans sa Correspondance, Flaubert recommande la lecture des Essais. A Louise Colet (26 avril 1853), il écrit : « Je ne connais pas de livre plus calme et qui vous dispose à plus de sérénité ».  « Il y a un homme dont vous devriez vous nourrir, et qui vous calmerait, conseille-t-il à Mademoiselle Leroyer de Chantepie, c’est Montaigne. Étudiez-le à fond, je vous l’ordonne, comme médecin. » (18 juin 1857). A sa nièce Caroline : « Je te conseille de […]  reprendre Montaigne. Ça te consolera. » (16 mars 1866) C’est à la fois un baume et un contrepoison, topique « contre le spleen et l’amour excessif de soi », pratiquement une thérapie, noblement une catharsis, qui n’exclut pas le culte.

(Correspondance, Gallimard, 1984) 

Nietzsche, Friedrich (1844-1900)
Nietzsche révèle : «  Je ne connais qu’un seul écrivain que, pour l’honnêteté, je place aussi haut, sinon plus haut que Schopenhauer : c’est Montaigne. En vérité, du fait qu’un tel homme a écrit, le plaisir de vivre sur terre en a été augmenté. Pour ma part, du moins, depuis que j’ai fait connaissance avec cette âme, la plus libre et la plus vigoureuse qui fût, il me faut dire de lui ce qu’il dit de Plutarque : « À peine ai-je jeté les yeux sur lui qu’il me pousse une jambe ou une aile ». C’est à côté de lui que je me rangerais si le devoir m’imposait de se choisir une patrie sur la terre. »

(Considérations inactuelles , Gallimard, 1992) 

 

Zweig, Stefan (1881-1942)
Stefan Sweig écrit :  « Dans Montaigne ne m’émeut et ne m’occupe aujourd’hui que ceci : comment dans une époque semblable à la nôtre, il s’est lui-même libéré intérieurement et comment, en le lisant, nous pouvons nous-mêmes nous fortifier à son exemple.
Je vois en lui l’ancêtre, le protecteur et l’ami de chaque homme libre sur terre, le meilleur maître de cette science nouvelle et pourtant éternelle qui consiste à se préserver soi-même de tous et de tout.
Peu d’hommes sur terre se sont battus avec plus de loyauté et d’acharnement pour préserver leur moi le plus intime, leur essence de tout mélange, de toute atteinte venue de l’écume trouble et malsaine des agitations du temps, et peu ont réussi à sauver du temps qu’ils ont vécu, pour toute la durée des temps, ce moi le plus profond
. »

(Montaigne, PUF, 2012) 

 

Alain (1868-1951)
Selon  Alain : « Montaigne est une belle aurore après cette longue nuit. Nourri des anciens, doutant assez fortement pour dominer tous les pièges de la logique, et suivant par ferme jugement la sagesse stoïcienne, qui apprend à souffrir en homme et à bien mourir, Montaigne représente le jugement seul, ou l’homme sans Dieu. Une force d’esprit admirable contre l’imagination, la superstition, le préjugé, les passions, circule dans les Essais, le seul livre de philosophie peut-être qui s’offre sans système et sans la fureur de prouver. Mais les paris l’ont mal jugé, car il les juge tous. »

(Abrégé pour les aveugles, P. Hartmann, 1954)

 

Gide, André (1869-1951)

Dans son Journal : André Gide écrit :  «  Matinée délicieuse. J’avais un petit Montaigne avec moi, mais n’en lisais que par instants, en marchant et juste ce qu’il faut pour entretenir l’exaltation joyeuse de ma pensée ».

(Journal 1889-1939, Paris, La Pléiade, 1951)

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