Montaigne… vu par Jul !

 

Montaigne_Blog_JulPortraitC’est au dessinateur Jul que l’on doit les traits de Montaigne sur l’affiche de la manifestation Montaigne Superstar. Historien de formation, l’auteur de la série Silex and the city a croisé la philosophie et les philosophes tôt dans sa vie. Il les dessine depuis des années pour Philosophie Magazine et en a immortalisé certains dans La Planète des sages avec son co-équipier Charles Pépin. Parmi tous, Montaigne reste le chouchou de Jul, nous avons demandé pourquoi…

Par Sophie C.

 

De quand date votre rencontre avec Montaigne : de vos années lycées, de vos années prof d’histoire, de vos années dessinateur… c’est un vieux copain ou un ami récent ?

C’est une histoire en plusieurs étapes ! J’ai rencontré Montaigne pour la première fois en cours de français, dans le manuel Lagarde et Michard. Je fais sans doute partie de la dernière génération qui a utilisé ce manuel. Montaigne était la super star des Lagarde et Michard ! Evidemment, je ne comprenais rien à l’ancien français et donc pas grand chose à Montaigne, mais l’homme m’a tout de suite paru sympathique. J’ai adoré son style Henri III, son look avec cette fraise que j’aime beaucoup dessiner aujourd’hui… c’est un garçon assez photogénique ! Je lui trouvais un côté très « classe », ambassadeur de son époque. Ma première rencontre avec Montaigne, ce sont donc les gravures du Lagarde et Michard !

Votre rencontre avec les textes de Montaigne a été plus tardive ?
J’ai découvert les textes de Montaigne sous l’angle indirect de l’histoire. Historien de formation, j’ai beaucoup travaillé sur les guerres de religion. Les textes de Montaigne et d’Agrippa d’Aubigné me nourrissaient sur l’époque, le les lisais comme des témoignages historiques. Mais j’ai aussi lu Montaigne en cours de philo, pendant mes classes prépa littéraires. Il a été pour moi comme une bouffée d’oxygène, de « douce France », dans l’univers plus aride des philosophes allemands ! Et la portée philosophique des textes de Montaigne m’est venue en même temps que la vie : l’existence apportant son lot de réflexion métaphysique, Montaigne était au rendez-vous à  ce moment-là aussi…

Quand avez-vous commencé à dessiner Montaigne ?
Je l’ai mis en scène la première fois dans Philosophie Magazine. Je fais partie de l’aventure de ce mensuel depuis dix ans, de puis le numéro zéro. J’ai renoué avec la philosophie grâce à Philosophie Magazine. Le fait de travailler avec Charles Pépin sur La Planète des sages a consacré pour moi ce remariage avec la philo et avec Montaigne.

Vous avez abandonné le métier de professeur d’histoire pour devenir scénariste et dessinateur. Quand vous êtes-vous mis au dessin ?
Le dessin m’a toujours accompagné. En cours d’histoire, de géo ou de philo, je dessinais déjà les profs et les thèmes qu’ils développaient. A 19 ans en classe d’hypokhâgne, quand j’étudiais les fameuses guerres de religion, je dessinais aussi : je mettais en scène les lansquenets et les mousquetaires du Roi !

A la bibliothèque, vous avez pu voir de près l’Exemplaire unique de Bordeaux, annoté de la main de Montaigne. On vous a senti ému devant ces pages…
J’ai fait des études d’histoire parce que j’aime sentir la présence du temps et sa profondeur. Sentir qu’il y a de la vie. On peut éprouver cette sensation devant une oeuvre d’art à Rome… ou devant un immeuble haussmannien : c’est l’idée que nos prédécesseurs ont été aussi des humains. Je ne fais pas autre chose dans ma BD Silex and the city : j’essaie de raconter que nos frères humains de l’âge de pierre sont très proches de nous. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti face au livre des Essais de Montaigne. Le passé est comme aujourd’hui.

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Montaigne Superstar en 2016, n’est-ce pas un peu surprenant ? Vous l’avez représenté pour la Bibliothèque en héros de comics et avec un traitement à la Warhol pour la couverture de l’agenda de la bibliothèque de septembre…
Il y a des personnages qui incarnent la philosophie de manière incroyable. C’est le cas de Montaigne ou de Nietzsche : l’image, le mythe, le personnage est connu bien au-delà de ses textes. Il devient une icône sociale. Avec le traitement « à la Warhol », comme pour Marilyn Monroe ou les soupes Campbell, on vide le personnage ou l’objet de sa substance pour n’en faire qu’une image. Evidemment, dans le cas de Montaigne c’est assez drôle, limite absurde : c’est faire s’entrechoquer la profondeur et l’humanité de sa philosophie avec le côté un peu superficiel de sa représentation dans la sphère de la culture générale !

Montaigne a un compte Facebook et un blog aujourd’hui, grâce à la bibliothèque. Pensez-vous qu’il aurait été actif sur les réseaux sociaux s’il avait vécu au 21ème siècle ?
Il ne serait pas peut-être pas aussi connecté qu’Alain Juppé, mais on pourrait s’amuser à mettre en parallèle les 140 signes limités sur Twitter et la forme des maximes gravées sur les poutres dans sa tour… On n’est pas loin !

Est-ce que vous auriez aimé porter une fraise ?
J’aurais adoré… je crois que je vais m’en acheter une !