Le jour où Montaigne quitte le collège de Guyenne

Veuillez trouver ci-dessous les 4 œuvres phares de la première partie de l’exposition consacrée à l’éducation de Montaigne.

 

( 1 ) Charles Alexandre Debacq. Enfance de Montaigne. Imprimerie de Lemercier, Bernard et Cie, 1838. Lithographie.

L’exposition s’ouvre sur une douce musique. Celle qui réveille chaque matin le petit Michel, pour ne pas l’arracher trop brutalement au sommeil. Des muses-musiciennes, et surtout son père, Pierre Eyquem de Montaigne, se penchèrent très tôt sur son berceau, comme l’illustre cette lithographie idyllique très au goût du 19e siècle. La famille est noble depuis peu et Pierre Eyquem veut faire de son fils un noble accompli. Il expérimente sur son fils une éducation alternative basée sur le divertissement et la pratique. Il le confie alors à un précepteur allemand qui ne comprend pas le français mais qui connaît très bien le latin, et donne la consigne suivante : tout le monde, les parents, les domestiques, les habitants du hameau, doivent parler à Michel uniquement dans cette langue ! Le latin devient ainsi sa langue maternelle, « sans méthode [et] sans livre. »

Pour vous permettre de découvrir un parcours centré sur le « destin merveilleux de Michel de Montaigne », n’hésitez pas à suivre les petits « Montaigne à la cape » tout au long de l’exposition !

 

 

( 2 ) Elie Vinet et André de Gouvéa. Schola Aquitanica. Bordeaux : Simon Millanges, 1583. 

En 1539, Pierre Eyquem envoie le petit Michel, alors âgé de 6 ans, au collège de Guyenne à Bordeaux. Montaigne doit y suivre le programme des études et règlement que vous avez sous les yeux, signé par André de Gouvéa et complété par Elie Vinet. Le principal enjeu pédagogique du collège est alors l’apprentissage du latin, langue internationale à la Renaissance. Michel reste au Collège de Guyenne jusqu’à ses 13 ans. Mais, lui qui parle mieux le latin que le français et le gascon, s’ennuie ferme dans cet établissement pourtant « très florissant et le meilleur de France. » Il apprend le grec, l’hébreu, les mathématiques, la rhétorique, la philosophie et la littérature. Cependant il préfère la poésie et le théâtre et tient notamment les premiers rôles dans les tragédies latines de ses professeurs.

De nouvelles méthodes d’enseignement, inspirées de l’humanisme, sont expérimentées au Collège de Guyenne : les professeurs laissent les élèves dessiner, les meilleurs apprennent aux plus faibles, et les élèves les plus brillants peuvent changer de niveau plusieurs fois par an. On y a même inventé la pédagogie participative ! Les écoliers participent en effet à des « disputes », sortes de matchs d’improvisation où les enfants s’interrogent et discutent les leçons.

 

 

( 3 ) Essais de Michel de Montaigne. Montauban ; Villeneuve-sur-Lot : Editions Pardo, 1955-1956. Livre d’artiste colorié au pinceau.Livre I, chapitre 26 : De l’institution des enfants.

Dans les Essais, Montaigne emprunte aux auteurs antiques ou contemporains du 16e siècle des pensées qu’il agrémente ensuite de sa propre expérience. La question de l’éducation, par exemple, occupe deux chapitres entiers du premier livre. Dans « Du pédantisme », Montaigne s’insurge contre les méthodes pédagogiques de son temps. C’est l’une des raisons qui l’incitent à développer sa propre vision de l’éducation dans le chapitre « De l’institution des enfants. » Pour enseigner, selon lui, il faut préférer un homme à la « tête bien faite » plutôt que « bien pleine ».

Vous pouvez voir devant vous une des rares éditions illustrées des Essais, peinte avec humour et poésie. Les illustrateurs ont peint une éducation chevaleresque qui vise à former des « honnêtes hommes ». En contrepoint, la vignette montre l’éducation libre, pacifique et enjouée vantée par le philosophe. Et pourtant, au 20e siècle, Montaigne est une affaire sérieuse et surtout une affaire scolaire… Lui qui n’aimait pas l’école, il est devenu l’archétype des mauvais souvenirs d’écoliers !

 

 

( 4 ) François de Belleforest. Le vif pourtraict de la ville de Bourdeaux. 1575. Gravure sur bois.

Pour vous faire une meilleure idée du lieu où vit et travaille Montaigne, observez ce plan de Bordeaux de 1575, à l’époque des Guerres de Religion. Suivons  Montaigne en ses lieux familiers : commencez au collège, rue de Guienne, puis continuez derrière par l’ancien Hôtel de ville où il a été maire et dont il ne reste aujourd’hui que la Grosse Cloche ; puis poursuivez dans la maison familiale, rue de la Rousselle ; puis au pied du fort du Hâ et du Château Trompette, sièges des garnisons et du pouvoir royal ; continuez dans les jardins des Piliers de Tutelle où jeune homme Montaigne pouvait compter fleurette aux jeunes filles ! Terminez par le Palais de l’Ombrière où il a siégé comme conseiller au Parlement de Guyenne à partir de 1558. C’est là qu’il rencontre et côtoie Etienne de La Boétie, son ami pour la vie.